Contes à partager #21

05.05.2020

ET LE SULTAN S’EVANOUIT

// suggéré par Hélène Loup (association Sceaux-Coudraies)

 

L'association Sceaux-Coudraies vous propose, pour rompre l'isolement, de partager avec chacun et chacune de petits contes et récits facétieux, sans oublier quelques jeux de devinettes et autres énigmes. 

Ces petits contes sont à partager largement. 

Attention : la plupart de ces contes ont fait l'objet d'une publication. On peut certes les partager, mais pas les publier dans un recueil : gare au copyright !

 

ET LE SULTAN S’EVANOUIT

365 contes de gourmandises

 

 

   

Au temps du Grand Empire Ottoman, quand le sultan régnait sur les trois quarts de la Méditerranée, vivait dans la montagne druze* un paysan qui avait une femme si belle qu’en voyant la trace de ses pas, les hommes devenaient fous d’amour.

   

Un pacha** vit la femme et la voulut pour son harem. Le druze décida de lutter pour garder son épouse. Il alla se plaindre au sultan.

   

Celui-ci interrogea le pacha qui déclara :

- Cette femme est mienne. J’ai dix témoins prêts à le jurer.

- En auriez-vous mille qu’ils seraient tous parjures, répondit le paysan. Cette femme est mienne !

 

Le sultan était embarrassé. Il ne souhaitait pas désobliger le riche pacha, mais n’avait pas non plus envie d’irriter les druzes qui venaient à peine d’être pacifiés et pouvaient encore lui créer des ennuis.

 

Il dit à son vizir :

- Si seulement je pouvais savoir de qui elle est la femme, je le proclamerais bien haut et le faux époux ne pourrait protester !

 

Mais on ne peut pas faire confiance aux témoins. Quant à interroger la femme, comment être sûr : ce paysan est jeune et beau, le pacha est riche, certes, mais vieux et laid !

 

- Seigneur, dit le vizir il y a un moyen très simple de savoir la vérité. Il suffit de faire prendre ce qu’il y a comme victuailles dans la maison du paysan et d’ordonner à la femme d’en faire un repas de fête. Une femme de pacha ne saurait cuire un œuf, elle a des esclaves qui cuisinent pour elle. Une femme de paysan fait des merveilles avec rien. En goutant le plat, vous saurez !

 

Chez le druze, on trouva quelques aubergines et des oignons, du riz, de l'huile et un fromage de chèvre. Le sultan soupira devant ces misérables restes.

 

A l’heure du souper, on lui présenta sur un plat d’argent de petits caïques*** aux bouts relevés et chargés d’une odorante moisson d’or. Les barques étaient faites de moitiés d’aubergines remplies d’une farce mystérieuse dont la croûte, gratinée au four promettait mille délices.

 

Le sultan tendit la main, huma, goûta et s’évanouit de plaisir. Au vizir qui s’empressait inquiet il murmura :

- Laisse-moi savourer ce mets qui vient des jardins d’Allah !

 

Le sultan mangea tout. Puis il dit au vizir :

- Si ton raisonnement est juste, le pacha est un vil menteur. De toutes façons, une femme capable de créer un tel plat est digne de choisir qui elle veut comme mari !

 

La femme fut rendue à son époux légitime et le pacha chassé, la face noircie de honte.

 

Et afin que demeure à jamais la mémoire de ce fait remarquable : un pauvre qui avait le droit pour lui et, cependant, gagna son procès contre le riche et puissant, l’on donna au plat d’aubergines farcies et gratinées le nom de Imam Bayaldi, « Le sultan s’évanouit ».

 

Si bien qu’aujourd’hui encore, dans n’importe quelle auberge du Liban, de Turquie, voire de Grèce, on trouve ce plat délectable nommé : Imam Bayaldi, « Le sultan s’évanouit ».

NOTES

 

*Druze : population du Proche-Orient (environ un million de personnes) professant une religion musulmane hétérodoxe, proche de l’Ismaélisme. Ils sont principalement établis dans le sud du Liban et la partie centrale du Mont-Liban, dans le sud de la Syrie (djebel druze), en Galilée et dans le nord du Golan. Leur religion est une doctrine philosophique fondée sur l’initiation et centrée sur la seule recherche du côté ésotérique de la religion musulmane. Ils ne se considèrent pas contraints par la charia et les rituels qui en découlent (ainsi ils consomment du porc), n’ont ni liturgie ni lieu de culte. Leurs dignitaires religieux prohibent le fait de nuire à quiconque. Ce sont cependant de redoutables combattants très épris de leur liberté.

J’ai eu l’occasion d’en rencontrer quand j’étais allée conter en Syrie, peu avant les révoltes qui ont commencées en Tunisie il y a une dizaine d'années. J'en garde un merveilleux souvenir ! Et une terrible inquiétude : qu'est-il advenu d'eux. Je n'ai nul moyen de le savoir, sauf à les mettre en danger. (Note d'Hélène Loup)

 

**Pacha : gouverneur de province dans l’ancien empire ottoman.

 

***Caïque : embarcation légère et étroite de pêche ou de liaison, en bois et à rames, de faible tirant d’eau, ayant une quille courbe pour permettre le halage sur la grève. Spécifique du Proche-Orient

 

 

 

 

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