Contes à partager #11

SEIFOUDDINE

// suggéré par Hélène Loup (association Sceaux-Coudraies)

L'association Sceaux-Coudraies vous propose, pour rompre l'isolement, de partager avec chacun et chacune de petits contes et récits facétieux, sans oublier quelques jeux de devinettes et autres énigmes.

Ces petits contes sont à partager largement.

Attention : la plupart de ces contes ont fait l'objet d'une publication. On peut certes les partager, mais pas les publier dans un recueil : gare au copyright !

SEIFOUDDINE



Dans les temps anciens vivait, à Khorasan*, le conteur le plus admirable du monde. Il se nommait Seifouddine**. Quelques centaines de princes et de marchands l'invitaient chaque soir à leur table. Mais il ne venait jamais. Un jour, un riche horticulteur de Boukhara*** lui offrit un pont d'or. Et il vint. Trois cents invités, bouleversés d'avance, attendaient sa venue.


Au premier récit, tous les yeux s'extasièrent.


Au deuxième, les rossignols firent silence et les pétales des roses effeuillées dans la fontaine s'approchèrent jusqu'au bord de la vasque.


Au troisième, les chiens se turent et chevaux et ânes accoururent sous les murs du palais.


Au trente-septième, les cinquante-deux invités du premier rang s'affalèrent les uns sur les autres épuisés, sept chameaux s'en allèrent en titubant, dix-huit ânes se trompèrent d'écurie.


Au soixante-quinzième, les rossignols tombèrent de leurs arbres et les derniers convives encore éveillés s'effondrèrent, leurs index fichés dans leurs oreilles.


Au deux cent deuxième, le maître de maison, seul à être resté impavide, vaincu, appela le Sheitan****, autrement dit Satan, qui se présenta aussitôt.

- Délivre-moi, dit l'horticulteur d'une voix exsangue.

- Pour prix de mon service, répondit le diable, je veux ton épouse bien-aimée, la jeune et belle Saltan Bibi*****. Je viendrai la chercher demain soir.

Le marchand fit « oui » d'un souffle exténué. Le Sheitan emporta Seifouddine.


Le soir du lendemain, quand il revint chercher son salaire, son teint était cireux, ses joues creusées, ses yeux cernés d'ombre malsaine. Seifouddine en était à son cinq millième conte quand il l'avait chassé de son enfer.

Le marchand lui dit :

- Saltan Bibi t'attend. Pour te plaire, elle a appris tous les contes du grand Seifouddine et te les dira jour et nuit sans repos.

Le Sheitan épouvanté s'enfuit. L'épouse demeura.


Quant à Seifouddine, il est toujours sur terre. Il va disant. Ses contes sont sans fin. Son chemin aussi.



Conte persan - D'après Henri Gougaud, «L'arbre d'amour et de sagesse »


Seifouddine est un conte d’enseignement à l’usage des conteurs eux-mêmes.

Cette petite histoire est souvent racontée aux jeunes conteurs (et quelquefois aux plus vieux oublieux de cette règle de savoir-vivre ensemble) pour leur rappeler que, si le conteur conte pour son plaisir, il conte aussi pour celui de ses auditeurs, tel est le contrat tacite qui les lie le temps de la contée. Or un conteur peut conter durant des heures et des heures. Mais le temps d’écoute d’un auditeur adulte moyen est de 45 à 60 minutes, et ne dépasse pas 90 mn pour un excellent auditeur, même quand le conteur est aussi bon que Seifouddine.

Nous comparons parfois cela au plaisir de déguster un bon gâteau. On peut se régaler d’un deuxième. Mais ensuite, cela écœure, peut rendre malade, voire dégoûter à vie !

NOTES


* Khorasan : région du Nord de l’Iran – prononcer la dernière syllabe comme s’il y avait un e muet après le n : Khorasan(e)


**Seifouddine ou Saifouddine ou Seiffoudine : prononcer la première syllabe comme s’il y avait un tréma sur le i, comme la première syllabe du mot seyant, la diphtongue « èill ». Nom encore en usage de nos jours.


***Boukhara : ville d’Ouzbékistan (au nord par rapport à l’Iran)


****Sheitan ou Shaitan ou Cheitan : diable ou, au sens plus large, démon, esprit pervers – Etymologiquement, ce mot vient de l’araméen et de l’hébreu : Satan – Prononcer la première syllabe comme s’il y avait un tréma sur le i, « chèill », en diphtongue – Prononcer la deuxième syllabe comme s’il y avait un e muet après le n : « cheill tan(e)»


*****Saltan Bibi : – prononcer la dernière syllabe de Saltan comme s’il y avait un e muet après le n : Saltan(e) – Bibi signifie « heureuse, sainte ». Ce titre est donné aux femmes que l’on veut honorer en Perse.



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