Contes à partager #2

20.03.2020

LE RABBIN ET LE SEIGNEUR POLONAIS

// suggéré par Hélène Loup (association Sceaux-Coudraies)

 

 

 

L'association Sceaux-Coudraies vous propose, pour rompre l'isolement, de partager avec chacun et chacune de petits contes et récits facétieux, sans oublier quelques jeux de devinettes et autres énigmes. 

Ces petits contes sont à partager largement. 

Attention : la plupart de ces contes ont fait l'objet d'une publication. On peut certes les partager, mais pas les publier dans un recueil : gare au copyright !

Ceci se passait il y longtemps, très longtemps, aux temps d’avant le temps, quand racismes, haines et massacres, étaient naturels. C’est un temps qui n’existe plus, comme chacun sait !

 

Donc, en ce temps d’avant le temps, il y avait, en Pologne, un seigneur qui aimait bien tuer les juifs :

- Parce que, disait-il, ils font tout à l’envers, ces juifs :

ils lisent de droite à gauche,

ils se balancent d’arrière en avant,

ils couvrent leur tête dans leur lieu de prière,

ils sont très différents de nous !

Il faut donc les tuer ! (Ce n’est pas moi qui le dis ! C’est le seigneur polonais !)

 

Or, un jour, le seigneur polonais pensa (Car même un seigneur polonais peut penser quelquefois) :

- Pourquoi les juifs sont-ils ainsi, bizarres, différents de tout le monde, à faire tout à l’envers?

Pourquoi lisent-ils de droite à gauche?

Pourquoi se balancent-ils d’arrière en avant?

Pourquoi couvrent-ils leur tête dans leur lieu de prière?

Et il eut envie de savoir (Car même un seigneur polonais peut désirer savoir, parfois).

 

Il alla trouver un rabbin et lui dit :

- Rabbin, explique-moi pourquoi, vous, les juifs, vous êtes comme ça, bizarres, différents de tout le monde, à faire tout à l’envers?

Pourquoi lisez-vous de droite à gauche?

Pourquoi vous balancez-vous d’arrière en avant?

Pourquoi couvrez-vous votre tête dans vos lieux de prière?

Explique-moi, rabbin. Et si ton explication me plaît, peut-être que toi, je ne te tuerai pas.

- Je veux bien t’expliquer, je veux bien t’enseigner, répondit le rabbin. Mais pour pouvoir devenir mon élève, tu dois être capable de répondre à au moins une de mes trois questions.

 

Le seigneur polonais, sûr de pouvoir répondre aux questions d’un juif, même rabbin, répliqua, amusé :

- Pose donc tes questions.

Alors le rabbin commença à se balancer d’arrière en avant et dit :

- Deux hommes, deux voleurs, entrent dans une maison par la cheminée. L’un en ressort blanc. L’autre en ressort noir. Lequel des deux va se laver?

Le seigneur polonais s’exclama :

- C’est évidemment celui qui est ressorti noir qui est allé se laver. Il avait besoin de se laver. Il est allé se laver.

 

Celui qui est ressorti blanc n’avait pas besoin de se laver. Il n’est donc pas allé se laver.

Mais le rabbin lui dit :

- Tu n’as rien compris.

 

Celui qui est ressorti noir a vu celui qui était ressorti blanc. Il a cru qu’il était blanc lui-même, qu’il n’avait pas besoin de se laver. Donc, il n’est pas allé se laver.

Tandis que celui qui est ressorti blanc a vu celui qui était ressorti noir. Il a cru qu’il était noir lui-même, qu’il avait besoin de se laver. Donc, c’est évidemment celui qui est ressorti blanc qui est allé se laver.

 

Le seigneur polonais était un peu perturbé. Mais c’est vrai qu’en réfléchissant bien, cela se comprenait.

- Pose-moi ta deuxième question, dit-il au rabbin. Et cette fois, je suis sûr de pouvoir répondre.

Alors le rabbin recommença à se balancer d’arrière en avant et dit :

- Deux hommes, deux voleurs, entrent dans une maison par la cheminée. L’un en ressort blanc. L’autre en ressort noir. Lequel des deux va se laver ?

Le seigneur polonais s’exclama :

- Tu ne me la feras pas deux fois !

 

C’est évidemment celui qui est ressorti blanc qui est allé se laver. Car il a vu celui qui était ressorti noir. Il a cru qu’il était noir lui-même, qu’il avait besoin de se laver, donc il est allé se laver.

Tandis que celui qui est ressorti noir a vu celui qui était ressorti blanc. Il a cru qu’il était blanc lui-même, qu’il n’avait pas besoin de se laver, donc il n’est pas allé se laver.

Mais le rabbin lui dit :

- Tu n’as rien compris.

 

Des voleurs n’entrent pas deux fois dans une maison si pauvre qu’il n’y ait pas un miroir. Cette deuxième maison est une maison riche. Il y a donc un miroir.

Celui qui est ressorti blanc a vu dans le miroir qu’il était blanc, qu’il n’avait pas besoin de se laver, donc il n’est pas allé se laver.

Tandis que celui qui est ressorti noir a vu dans le miroir qu’il était noir, qu’il avait besoin de se laver. Donc c’est évidemment celui qui est ressorti noir qui est allé se laver.

 

Le seigneur polonais était très perturbé. Mais c’est vrai qu’effectivement, en y réfléchissant vraiment bien, cela se comprenait.

- Pose-moi ta troisième question, dit-il au rabbin. Et cette fois, dans tous les cas, je suis sûr de pouvoir répondre.

Alors le rabbin recommença, comme d’habitude, à se balancer d’arrière en avant et dit :

- Deux hommes, deux voleurs, entrent dans une maison par la cheminée. L’un en ressort blanc. L’autre en ressort noir. Lequel des deux va se laver ?

Le seigneur polonais, tout content, s’écria :

- Je sais !

 

Si c’est une maison pauvre, il n’y a pas de miroir. C’est donc celui qui est ressorti blanc qui est allé se laver. Car il a vu celui qui était ressorti noir, il a cru qu’il était noir lui-même, qu’il avait besoin de se laver, donc il est allé se laver.

Tandis que celui qui est ressorti noir a vu celui qui était ressorti blanc. Il a cru qu’il était blanc lui-même, qu’il n’avait pas besoin de se laver. Donc, il n’est pas allé se laver.

 

Mais si c’est une maison riche, il y a un miroir. C’est donc celui qui est ressorti noir qui est allé se laver.

Car il a vu dans le miroir qu’il était noir, qu’il avait besoin de se laver. Donc il est allé se laver.

Tandis que celui qui est ressorti blanc a vu dans le miroir qu’il était blanc, qu’il n’avait pas besoin de se laver. Donc il n’est pas allé se laver.

 

Mais le rabbin lui dit :

- Tu n’as rien compris. Et je ne veux pas de toi comme élève. Il n’y a rien à tirer de toi. Depuis quand peut-on ressortir d’une cheminée pleine de suie noire et collante en restant blanc et propre ?

 

 

NOTA :

Ce conte est tiré de récits juifs d’enseignement. Celui-ci était utilisé pour rappeler que, quand on étudie le Talmud, avant de répondre à la question posée, il faut d’abord s’assurer de la validité de la question.

Il a été apporté en France il y a une quarantaine d’années par un conteur juif polonais nommé Tsvika, qui l’a orienté vers ce qui a marqué la Pologne lors de la dernière guerre, le racisme anti-juif. Je vous ai mis sa photo ci-dessous.

 

 

 

 

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